Fils et petit-fils d’agriculteur, Claude Martin est né le 27 mars 1934. Enfant du pays, profondément attaché à Oncy, sa vie incarne près d’un siècle de l’histoire de notre commune.

En 34, Oncy ne compte que 230 habitants et la plupart vivent de l’agriculture. Au cœur du village, l’électricité commence à s’installer, permettant de s’éclairer, tandis que le chauffage se fait encore au bois. La lessive, quant à elle, se rince à la rivière, au lavoir.

À cinq ans, Claude fait son entrée à l’école communale. À cette époque, une seule institutrice, Madame Ecarnot, enseigne à une quarantaine d’élèves, tous vêtus de blouses noires, répartis en quatre niveaux dans une unique salle de classe derrière la mairie. Les plus grands participent, une fois leurs devoirs terminés, en aidant les plus petits à lire.

Pendant la guerre 40 il n’y avait qu’une seule voiture au village, celle de l’institutrice qui en cas d’accouchement devait laisser les enfants de sa classe pour emmener en urgence la future maman à la maternité de Corbeil.

Le 22 août 44, Claude a dix ans et demi, quand les Allemands fuient devant l’avancée des Américains. Son père, ancien combattant de la Grande Guerre, l’envoie se réfugier à la cave avec sa sœur Jacqueline. À 19h, Oncy est libéré. La fille de l’institutrice rassemble alors tous les enfants, les met en rang, et ensemble, ils remontent vers Milly en chantant la Marseillaise, célébrant ainsi la liberté retrouvée.

En 48, il a 14 ans quand il passe son certificat d’études à l’école des filles à Milly. Malgré ses difficultés en orthographe, il était surtout bon en calcul, il réussit son examen du premier coup et fonce dans les champs annoncer la bonne nouvelle à ses parents. En récompense l’Etat lui offre un dictionnaire qu’il a gardé toute sa vie.

Après-guerre, la vie est rude. C’était la misère. Claude aide ses parents et sa sœur à la ferme, partant seul labourer les champs avec deux chevaux et une charrue bien lourde pour son âge. Heureusement, le dimanche, le cinéma à Milly offre une précieuse échappée : l’occasion de se retrouver, de découvrir l’actualité du monde et de rêver ensemble, le temps d’un film.

A 21 ans il part faire son service militaire, il est en garnison à Metz.

Peu après son retour de l’armée, son père s’éteint prématurément des suites de la maladie de Parkinson. Claude, alors âgé de 25 ans, prend la responsabilité de la ferme avec Jacqueline et leur mère, Léa, à la santé fragile. Ensemble, ils créent le GFA d’Oncy. Jacqueline choisit de rester vivre à la ferme pour veiller sur leur mère, qui décédera en 1979. Elle y restera toute sa vie, avec Claude.

Comme de nombreuses fermes du village, ils élèvent des vaches jusqu’en 2000. Les habitants faisaient la queue à la ferme pour venir chercher le lait, une tradition qui continuera jusqu’au milieu des années 90.

Bien qu’attaché aux traditions, Claude était d’un naturel curieux, tourné vers l’avenir. Pour lui, le progrès passait par la mécanisation de l’agriculture : il obtient son permis en 1962, à 28 ans et très rapidement il acquiert un des premiers tracteurs du village.

Désirant se diversifier, il tente la culture de la betterave rouge avec Marc Darbonne, mais la cohabitation des deux caractères forts n’a pas duré très longtemps. Claude se tourne alors vers la culture de la pomme de terre, approvisionnant les environs avec ses récoltes.

Avec Jacqueline ils travaillent dur tous les deux. Aux champs Claude est sur son tracteur et Jacqueline ramasse les pierres. A sa banquière qui s’étonne de voir qu’il dépense aussi peu ses économies il répond « vous savez, quand vous travaillez 7 jours sur 7 vous n’avez pas le temps de dépenser. … et puis de toute façon ça ne vous regarde pas ! ».

En réalité il investissait dans ce qu’il connaissait le mieux, la terre, et il rachetait les parcelles au fur et à mesure des successions. C’est ainsi qu’avec Jacqueline qui consignait tout dans un énorme carnet ils sont devenus propriétaires d’une grande partie des champs d’Oncy.

Très attaché à la vie de la commune, il entre au conseil municipal en 77 avec Luc Darbonne et Jean-Pierre Hazard qui devient alors Maire. Il est ensuite réélu en 83 avec le plus grand nombre de voix et devient 3ème adjoint.

En 89 il devient 2ème adjoint puis en 95 il est nommé premier adjoint. Durant ses 24 ans de mandat, il s’est illustré par son sérieux et sa parfaite connaissance des dossiers. Il contribue notamment à la création de la salle des fêtes, en cédant des terrains boisés.

En 61, il fonde la société de chasse avec Monsieur Boussingault et en devient président en 69. Il en assurera la présidence jusqu’en 2005. Mais, après un accident de chasse jamais élucidé, lui qui n’était pas chasseur se retrouve injustement accusé et condamné. Dépité, il démissionne et transmet la présidence à Patrick Joyeux.

Claude cesse l’exploitation des champs en 2003, mais chacun continue de croiser le frère et la sœur, fidèles à eux-mêmes, actifs au potager ou dans l’entretien de la ferme.

Curieux, il se laisse tenter par les voyages avec A cœur ouvert mais son centre d’intérêt principal reste la terre. De retour d’un voyage en Toscane il raconte sa fascination pour cette magnifique terre rouge d’Italie.

Passionné par la vie du village, il vient chaque matin à la mairie consulter le tableau d’affichage, il observe la vie du pays qu’il sillonne avec sa voiture et reste attentif aux familles oncéennes. Véritable mémoire d’Oncy, il connait le cadastre par cœur et retrace volontiers la généalogie des anciens. Il aime le contact, partager les souvenirs de son village et, surtout, parler de la terre qu’il a tant aimée.

Et puis l’âge avance, les travaux du potager deviennent trop difficiles, Jacqueline perd son autonomie et doit partir en maison de retraite … et pour la première fois de sa vie Claude se retrouve désœuvré et seul …

Avec son départ le week-end dernier, c’est une figure incontournable de notre village qui s’en est allé.

Rempli d’une vie riche où il a participé à un siècle de transformations, Claude nous laisse à chacun de nombreux souvenirs : de sa vie d’agriculteur, de sa vie d’élu, des longues conversations que nous avons chacun partagées, de son regard malicieux, de son amour de la terre.

Il nous laisse le souvenir d’un homme « bien », attaché à son village …

Pour tout cela, merci Claude !